
Chroniques fantastiques autour du monde, le 27 mars 2026
Ado, Josh en a rêvé des centaines de fois.
Il volait dans les airs à une vitesse faramineuse. Nul besoin d’un quelconque équipement. Même pas la cape de Superman. Il adorait entendre le vent siffler dans ses oreilles. Le sentir dans ses cheveux telle la crinière d’un cheval au galop. Un infime mouvement de son corps, comme un pilote joue avec le manche de son chasseur tel un joystick, le faisait changer instantanément de direction.
Il se repérait instinctivement. Comme une évidence. Il pouvait se retrouver dans n’importe quel endroit du monde en un clignement de paupières. Au-dessus de la place Rouge. Puis, en un instant, survoler le Parc Kruger en Afrique du Sud. Surprendre les girafes en les frôlant à toute berzingue.
En grandissant, le Surfeur d’Argent, son héros Marvel préféré est venu jouer les troubles-fêtes dans ses nuits agitées. Il avait trouvé plus déprimé que lui au moment où il avait été exclu du pôle espoir à Biarritz. « Tout ça pour une compèt de trop et des notes pas terribles » se disait-il.
Il volait toujours. Désormais sur une magnifique planche argentée, étincelante. Il profitait de ses supers-pouvoirs nocturnes pour aller découvrir les plus beaux spots de surf de la planète. Et aussi et surtout, les plus grosses vagues. Aucune ne lui résistait. Quelle sensation extraordinaire de dominer tout en douceur ces gigantesques rouleaux. Aucune peur, que de la joie. Rien n’était impossible dans ce monde imaginaire auquel il avait accès une fois endormi.
Bien des années plus tard, sa carrière derrière lui, il voulait passer du rêve à la réalité.
Lorsqu’il évoquait le sujet épineux pour ses amis les plus proches, ils cherchaient à l’en dissuader. Ne parlons pas de ses parents. Soi-disant, Il avait passé l’âge de s’attaquer à un monstre sacré. Lui, l’ancien surfeur pro, parce que ses tempes laissaient apparaître quelques reflets grisonnants ne pouvait pas chevaucher une montagne d’eau? Si haute soit-elle? Il avait fait ça quasiment toute sa vie. De quoi avaient-ils tous peur ?
Il faut dire qu’on ne parlait pas de n’importe quelle vague. Des surfeurs s’étaient spécialisés dans l’escalade de ces mastodontes. Le premier d’entre eux : Waterman de légende alias Leard Hamilton et la mythique vague Jaws sur l’Ile de Maui à Hawai qui peut atteindre 20 mètres de haut.
Mais là, c’était un véritable mur auquel il s’attaquait. Un mur qui n’en finissait plus. Les dimensions étaient inimaginables jusqu’à ce qu’on se retrouve devant. Qu’on sente sa puissance infinie, son souffle terrifiant et ses plus de 26 mètres de hauteur…un immeuble de 10 étages.
Que cherchait vraiment Josh avec ce défi qui trainait dans sa tête depuis tant d’années ? Se prouver à lui même qu’il n’avait pas peur. Ou juste assez pour bien se préparer. Flatter son égo et inscrire son nom au palmarès de la non moins mythique vague Portugaise. Se concentrer sur ce (dernier?) défi pour l’aider à oublier son aventure torride avec Anna, le docteur Jones, de 15 ans sa cadette ?
Il avait un mal fou à sortir le Docteur Jones de sa tête. Et surtout de ses pensées coupables. Elle lui avait donné tant d’attention, tant de sensualité. Amoureuse, elle se donner corps et âme. Quitte à être déçue par la suite. Cela faisait partie du deal avec elle même. D’habitude, Josh abordait les femmes avec prudence. Le monde du surf de haut niveau l’avait habitué à certains comportements décomplexés de groupies prêtes à tout pour accrocher un nom connu à leur tableau de chasse.
Cette fois-ci, dès les premiers instants dans la zone 51 de Google à Paris, troublé, il avait succombé à son charme. À son parfum. À son parfum naturel. Elle sentait si bon. Une odeur qu’il cherchait souvent autour de lui ou à imaginer les ingrédients. Sans succès.
Mais Josh avait du mal à réaliser le cadeau qu’Anna lui avait réellement fait. En si peu de temps. Lui, le loup solitaire. En plus de leurs galipettes qui s’apparentaient parfois à des performances tant ils s’écoutaient et se respectaient dans ces moments d’intimité, il avait été baigné de tellement d’amour quasi inconditionnel.
Une telle force intérieure en résultait. Quelque chose entre la joie et l’excitation, l’apaisement et le sentiment du devoir accompli. Lui qui cherchait depuis sa retraite de sportif à se transformer en businessman avec le développement de son application autour du bonheur sentait au fond de lui, cet élan soudain, viscéral comme une urgence. Gravir l’Everest des surfeurs de gros, Nazaré.
« Josh, vole ! Josh vole ! »
La foule amassée de connaisseurs, pour encourager un des siens, n’en croyait pas ses yeux. Le vieux baroudeur des circuits internationaux de surf flottait littéralement au-dessus de la vague. Comme s’il avait eu un foil (à la Leard Hamilton quelques années plus tard) qui le maintenait à une dizaines de centimètres au-dessus de l’eau.
Josh n’en revenait toujours pas d’être (enfin) là. Là où il savait qu’il aurait du être des années auparavant. D’avoir relevé ce défi dont il avait tant imaginé les contours. Surtout, il connaissait l’efficacité de la visualisation lorsqu’elle est conjuguée avec une ou des émotions. En l’occurence, la joie. Cette émotion qu’il ressentait si fort, tant elle tambourinait aux portes de tout son être. Alors qu’il était en train de dominer un fragment de la puissance de la nature, son état de bonheur total à ce moment précis avait tout emporté sur son passage. Il était maintenant à quelques mètres d’un jet-ski qui venait à sa rencontre pour le tracter et rejoindre la plage. C’était déjà fini. N’était-ce encore qu’un rêve ? Les cris de joie, les sifflets et applaudissements qu’il entendit depuis la falaise qui borde l’eau le sortirent de ses doutes.
En plus de la visualisation à la Jim Carrey (alors à ses débuts, l’acteur s’était signé un chèque de 10 millions de dollars à encaisser 10 ans plus tard. Ce qu’il fit) il savait que son succès venait de tant d’années d’entrainement et des semaines passées à apprendre avec les meilleurs surfeurs et surfeuses de grosses vagues au monde du moment. Mais il y avait autre chose qu’il l’avait aidé à se surpasser et à dominer sa peur pour réaliser l’impossible : La joie de l’émerveillement, la joie de créer, la joie d’être aligné, la joie de réaliser un exploit.
Sans le savoir, Josh, le double de Nina dans son passé, venait de lui apporter une réponse sous forme d’intuition à la question que se pose la mamie rebelle : comment sortir la population de l’emprise des GAFAM afin qu’elle retrouve et maitrise ses pouvoirs de création ?
« Seule la joie nous sauvera. Seule la joie nous sauvera ». Ses mots raisonnent dans la tête de Nina avec une tonalité masculine. Elle comprend alors que cette intuition vient de Josh. Son double surfeur.
Et c’est là qu’elle traduit cette intuition. Le comportement de quelqu’un de joyeux est imprévisible. Une personne joyeuse va s’adapter, emprunter des chemins de traverse, changer d’idées pour rester dans la joie. Alors qu’à l’inverse, un comportement de peur est prévisible : se renfermer sur soi, trouver un coupable chez l’autre, être violent etc…Et de cette manière, à travers la peur de créer le chaos par ses pensées comme c’est arrivé une première fois, la population préfère céder son pouvoir aux GAFAM qui en profitent pour les transformer encore et toujours en consommateurs.
Le jet ski se rapproche de la zone où Josh l’attendait. Il ne s’y trouve plus alors qu’il le voyait il y a quelques secondes. Il a beau faire des tours encore et encore en hurlant son prénom, personne. Ni même la planche.
Josh disparait dans l’écume, mission accomplie.