
Chroniques fantastiques autour du monde, le 7 juillet 2026
Nina fulminait.
Elle qui savait si bien maitriser ses pensées pour ne pas avoir à supporter ces foutus casques « I Think », et, désormais sa ribambelle de pâles copies de l’empire chinois, n’en revenait toujours pas. Elle peinait à maitriser les soubresauts de son corps. Tendu comme une arbalète.
Tant de secrets inexploités sous nos pieds, au coeur de la capitale !
Comment Josh, « son double » dans le passé, avait pu avoir le béguin pour cette femme. Elle le ressentait physiquement, dans ses tripes comme s’il était là. Ces découvertes diffusées au grand public pouvaient changer le sort de centaines millions de personnes sur cette planète.
– C’est une blague, Docteur Jones? Rassurez moi, c’est une blague ou alors, encore mieux une caméra cachée?
– Josh m’avait prévenu. Je peux tout vous expliquer. Nina, c’est bien cela?
– Oui. C’est bien ça. Et vous sous votre blouse blanche et votre badge Google (qu’elle se retenait de lui arracher) c’est Anna ? Répondit-elle mâchoire serrée. »
Un peu plus tôt dans la journée, à peine avait-elle posé un pied dans les locaux du géant mondial des moteurs de recherche, que le docteur Jones reconnu immédiatement Nina. Une intuition féminine, un ultime clin d’oeil de Josh dans un temps imperceptible?
Le circuit de la visite ‘’grand public’’, digne d’un petit train touristique de stations balnéaires, à peine achevé avec ses visiteurs enthousiastes (le champagne faisait effet), Nina fut invité à suivre la Docteure. Elle se sentait portée par une force invisible. D’habitude si protocolaire, Anna Jones passa outre l’interdiction de déambuler dans la zone 51, pour son invitée du moment, même accompagnée.
Étrangement, malgré un dispositif de sécurité « digne de Fort Knox » dans ces couloirs froids et sans fin, personne ne trouva à redire de la présence de Nina. Son surfeur préféré (habilité Z-51 en son temps par les dirigeants de Google) avait-il trouvé un moyen de lui transmettre ses accréditations depuis une autre dimension? Ou peut-être simplement de la chance?
Des prototypes de nouvelles technologies révolutionnaires encore inconnues du grand public.
Anna Jones ne s’attendait pas à cette réaction épidermique de cette femme qui par son charisme lui rappelait tellement l’amour de sa vie. Bien au contraire ! Elle imaginait, hormis l’effet de surprise, des encouragements à la Josh. Il avait ce don pour la motiver. « Ma belle, tu dois tout faire pour transformer ces inventions de « savant fou » (des copies des travaux et brevets de Nikola Tesla remontant aux années 40 trônaient sur des étagères du labo) en nouvelles technologies viables pour le plus grand nombre ».
Il faut dire qu’Anna Jones vivait tel un ermite dans son labo depuis qu’il avait mis les voiles. Un SMS avec un emoji coeur accompagné d’un message bref « Je dois réaliser ce rêve de Nazaré. Tu sais que tout ça me dépasse » Josh avait une mission à accomplir. Ses sentiments, aussi intenses soient-ils pour Anna, ne pouvaient le distraire dans la réalisation de son « devoir ». L’annonce de sa disparition avait été une immense déchirure pour Anna. Au sens propre, dans son corps, dans son coeur, les premières heures qui suivirent l’horrible nouvelle. Comment se remettre d’une telle absence? Une plaie béante de solitude et de tristesse. Elle n’y était pas du tout préparée.
Josh ne la laissait pas après une longue maladie. Au contraire, il était en pleine forme pour se frotter à ces vagues géantes. Elle avait beau sentir sa présence à des moments où elle en avait cruellement besoin. Cela ne lui suffisait pas. Loin de là. « Mon Josh, tu me manques tellement ». Elle avait besoin de le sentir pour de bon, physiquement, auprès d’elle.
Où était son chatouilleur en chef? Il n’était pas vraiment poilu, il prenait juste un peu de place sous la couette. Il avait tendance à l’étalement, à dormir en étoile, sur le dos, nu. Dans cette position, il pouvait aisément frôler les jambes d’Anna et lui procurer ces guilis-guilis qui la faisait tant rire.
Elle adorait se coller à lui. Elle humait son odeur naturelle imprégnée d’années de Monoï. Il aimait se masser avec cette huile, en mettre un peu trop dans sa paume. Se frotter les mains et l’étaler sur tout le corps et sa crinière blonde. Cet odeur de fleur de Tiaré le téléportait en un clin d’oeil sur cette vague qu’il avait tant redoutée : La mythique vague de Teahupoo à Tahiti. Impossible de ne pas hurler de joie lorsqu’il sortait victorieux d’un interminable tube.
Anna n’avait pas connu l’amour avant lui. Pas d’une d’une telle intensité. Elle s’était surtout consacrée à ses études. Une petite fille modèle, une ado exemplaire, une étudiante brillante et, pour couronner le tout, particulièrement douée. Pas de place, pas de temps disponible pour les garçons. Pourquoi faire? Puis, une opportunité à ne pas rater au sein de la division Recherche & Développement (R&D) chez Google France. Vu son parcours et son bilinguisme (son léger accent américain venait de « Papa Jones ». Il fallait tendre l’oreille pour le percevoir), elle aurait pu choisir un poste n’importe où dans le monde.
Un temps, Anna s’était sentie comme l’héroïne de la série Emily in Paris, un véritable phénomène dans les années 2020. Avec le recul, elle en souriait. Comment avait-elle pu se laisser porter par tous ces clichés?
Ses recherches, la plupart du temps seule dans son labo (elle gérait son planning comme elle l’entendait), furent un parfait refuge pour tenter de « faire le deuil » d’une relation si fusionnelle. Elle détestait cette expression française qu’on lui répétait à tour de bras autour d’elle. Ses expérimentations secrètes (et coûteuses) consommaient une part (significative) du budget colossal Recherche (60 milliards de dollars en 2025) du géant du net. En revanche, malgré le succès de ces dernières (répétées et confirmées à plusieurs reprises) la phase Développement était systématiquement «oubliée» ou «décalée». À grands renforts de mémos et de réunions internes, on lui expliquait, selon l’actualité, la priorité donnée à d’autres produits. Google +, les Google Glass, la voiture autonome etc…qui pourtant n’avaient pas brillé par leur succès. C’est le moins que l’on puisse dire.
Nina interrompit subitement Anna dans ses pensées (remplies de doutes) tout en tentant de maitriser ses nerfs :
« – Anna, cela fait combien de temps que vous expérimentez ces nouvelles technologies ?
– On en est toujours au stade de prototype, vous savez…
– Anna, depuis combien d’années ?
– Je dirais un peu plus de 15 ans…répondit-elle avec une voix de petite fille
– Cela fait plus de 15 ans que vous gardez précieusement dans les locaux de Google en plein Paris des technologies qui pourraient éviter toutes ces guerres?
– Nina, je n’ai rien retenu vous savez, je ne suis pas en capacité de prendre de telles décisions.
– Si vous pensez que Google freine des quatre fers volontairement l’industrialisation de ces nouvelles technologies révolutionnaires pour l’humanité, vous pourriez diffuser l’information.
– C’est impossible, vous le savez bien. J’ai signé un contrat avec une clause de confidentialité à vie. »
Anna avait l’impression de refaire le film de ses discussions avec Josh. Il avait tant insisté pour qu’elle accepte qu’elle aussi, avait une mission de lanceuse d’alertes : révéler au monde les secrets technologiques cachés par Google qui pouvaient libérer les hommes et les femmes de cette planète de tant de souffrances inutiles.
Anna ne se retrouvait pas dans ces « histoires de mission ». Elle voulait simplement vivre sa vie. Être heureuse avec Josh. Sa mort l’avait fait vaciller dans ses certitudes. Nina arriverait-elle à la convaincre de passer le pas?