Chroniques fantastiques autour du monde

Tout avait démarré par un genou à terre. Celui de ce jeune capitaine d’un escadron de CRS. « Je suis crevé…J’en peux plus de m’en prendre à la population ». 

Elle qui grondait pour retrouver sa liberté grignotée méticuleusement depuis tant d’années. Pourtant, elle n’en était pas à son coup d’essai. 

15 ans s’était écoulé depuis ce qu’on appelait « les gilets jaunes ». 

Nina en était déjà. À la fin de cette mobilisation, elle avait pressenti les prémices de cette société du contrôle permanent. Tout comme en Chine et son contrôle social pour soi-disant assurer la sécurité de ses concitoyens. 

Désormais, elle vivait au milieu de ces foutus casques « I think ». 

Nina savait que sans un évènement hors du commun, ces manifestations seraient vite contenus par la force et quelques éborgnés. L’ogre médiatique se nourrissait de toujours plus de violence, de peur et d’enchainement de faits divers les plus sordides les uns que les autres. Comment en étions arrivé là? Elle était trop jeune pour avoir vécu Mai 68 mais la répression policière avait elle été aussi « efficace ».

Jeune recrue, ce gradé désormais expérimenté se souvenait très bien de ses débuts enthousiastes dans la compagnie.

Son costume de Robocop reflétait parfaitement l’évolution de son métier au travers des crises successives :  Les gilets jaunes en 2018 avait été son baptême du feu. Il s’en serait bien passé. Son entourage n’arrêtait pas de lui dire qu’il tapait sur des pauvres smicards. Mais lui aussi en était un ! 

Puis, la crise du Covid à contrôler si les auto-attestations pour balader son chien avaient été bien signées. Il ne s’était pas engagé pour ça. Lui qui pensait protéger les plus faibles et être la fierté de son entourage. Maintenant, on lui reprochait cette autorité de l’Etat (la violence légitime) qu’il ne faisait qu’appliquer en bon soldat.

C’est à ce moment qu’il a ressenti sur le terrain la naissance d’une fragmentation dans la population Française. Quelques années après le choc et l’effroi des attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan en 2015 qui avait amené les militaires dans les rues du pays (Plan Vigipirate) car la peur planée que de nouveaux attentats surviennent. 

Les consignes se répétaient sans discontinuer tel un automate. 

Reprendre le contrôle et maitriser la foule : autorisation de tirer à balle réelle si la situation est jugée incontrôlable. La consigne de trop. Le traumatisme de la mort de Malik Oussekine dans les années 80 (dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986) qui faisait partie de la panoplie du bon CRS qui se respecte était bien loin. 

Quelle farce pensa-t-il ? Cela fait tellement d’années que le maintien de l’ordre ne tient qu’à un fil. Tous les jours, des remontées terrain lui indiquaient que le moral de « ses soldats de l’enfer » comme il aimait les appeler était au plus bas. 

Face à eux, trop de monde, trop de cris, trop de pleurs causés par ces lacrymos balancées à gogo au pieds de ceux qui étaient comme eux finalement lorsque tout ce beau monde rentrait à la maison…à crédit. 

Prêt à charger dans la foule, l’officier supérieur avait reconnu un de ses frères, les yeux injectés de sang et de haine. C’en était trop.

Toute la compagnie imita son geste et bientôt les autres compagnies présentes. Genou à terre et casque retiré désormais. La foule s’arrêta un moment, comme désarçonnée et reprit son chemin vers l’Elysée tout en évitant les CRS, en les félicitant au passage et les encourageant à les rejoindre. Certains le firent avec enthousiasme, d’autres restèrent prostrés ne réalisant pas vraiment ce qu’ils avaient osé faire alors que cela les démangeaient depuis tant d’années en réaction aux ordres de plus en plus dignes pour eux d’une dictature. Ils se rappelaient encore de leurs ainés dans les années 90 qui étaient loin de ressembler à des golgotes en armure pour maintenir l’ordre face à des manifestants la plupart du temps inoffensifs avant que les casseurs n’arrivent.    

Nina n’en croyait pas ses yeux. Ce pourquoi elle se battait depuis des années avec les moyens du bord dans un monde quasi sous cloche et de contrôle numérique apparaissait là maintenant alors que personne ne s’y attendait réellement. 

Nina voulait juste que la notion de liberté si chère à ses yeux et qui était une des bases de son éducation soit au coeur des valeurs de son pays qui en portait normalement fièrement l’étendard. Empêtrée dans un marasme économique et social (que faire de tous ces gens qui n’ont plus besoin de travailler avec l’arrivée fracassante de l’IA vers les années 2020, les robots quelques années plus tard et l’informatique quantique en 2030), la classe politique, décrédibilisée par l’enchainement des scandales, cherchait des solutions qui ne pouvaient faire taire la gronde qui couvait depuis la crise des gilets jaunes.

Alors que l’être humain possédait en lui la possibilité de créer grâce à la pensée ce qu’il désirait à condition de le faire de manière collective, l’individualisme à tout crin, le contrôle de cette pensée via les fameux casques « I Think » d’Apple avait plongé cet extraordinaire pouvoir dans les oubliettes de l’histoire…sans parler de la manipulation des réseaux sociaux porté par le lobotomisateur en chef Tik-Tok qui réjouissait en secret « le géant qui sommeille », qui avait bien pris soin d’adapter sa dangereuse création pour les occidentaux en formidable outil d’éducation pour la population chinoise.

Après les CRS, Nina montra l’exemple elle aussi dans la foule en montrant qu’elle ne portait pas de casques I Think et que tout allait bien. Quelques personnes l’imitèrent mais la priorité n’était plus là. Il fallait que le gouvernement comprenne que le nouveau monde porté par l’explosion des nouvelles technologies devait voir naitre un nouvelle société. Qu’il n’était plus possible de faire comme si de rien n’était alors que la majorité des citoyens ne trouvaient plus d’emplois à part quelques privilégiés.

C’est là que Nina a cette intuition si forte qu’elle ne peut que la suivre : aller aujourd’hui, pas demain ou plus tard, aujourd’hui au siège de Google France à Paris. Elle doit abandonner ses camarades de manif. Ce fameux Josh qu’elle croise dans ses rêves ou pour qui elle se prend quelquefois, lui crie, lui hurle depuis sa dimension, son univers parallèle d’aller chez Google à Paris et dans la zone 51. Elle entend sans cesse le mot ascension dans sa tête. Elle se demande bien à quoi cela correspond. 

Sortir de la foule, se rendre rue de Londres dans le 9ième arrondissement. Mais comment pénétrer dans le siège français du leader mondial du moteur de recherche comptant pas moins de 500 salariés. Cela doit être ultra sécurisé se dit-elle.  

Aux abords de l’hôtel Vatry, elle aperçoit une queue de quelques personnes endimanchées. Certains ont une coupe de champagne à la main et patientent avant de pénétrer dans les bureaux de Google. Une sorte de portes ouvertes est organisée par la société afin de présenter les résultats de leur laboratoire R&D ouvert il y a plus de 20 ans désormais. 

Ancienne ingénieure passée par les plus grandes écoles, après un passage aux toilettes pour un petit coup de propre pour limiter son look de manifestante, Nina arbore fièrement son badge avec son prénom sous le logo de l’entreprise avant de suivre un groupe guidée par une belle femme en blouse blanche qui se présente comme la directrice de recherche.

« Bonjour à toutes et à tous, je suis Anna Jones. Je suis heureuse de vous accueillir ici au siège de Google France. Comme vous le savez, hormis être le numéro un mondial des moteurs de recherche, les dirigeants de Google ont toujours voulu être à la pointe de l’innovation. Qui dit innovation, dit laboratoire de recherche. Je vous prie de me suivre pour la visite.’’

Nina ne comprend pas bien pourquoi son coeur bat la chamade en voyant cette Docteur Jones comme si elle avait des sentiments pour cette femme mûre certes mais bien plus jeune qu’elle. Et surtout, elle n’a pas souvenir d’avoir déjà ressenti ce genre d’émotions pour une femme. 

Se frayant un chemin dans le groupe en accélérant le pas et arguant qu’elle voudrait mieux entendre ce qu’il se dit, elle se rapproche tant bien que mal d’Anna allant même jusqu’à la bousculer sans faire exprès.

  • Nina, enfin je vous rencontre 
  • Pardon, on se connait ?
  • Il y a plusieurs années de cela, j’ai rencontré quelqu’un qui n’arrêtait pas de me parler d’une certaine Nina qu’il devait absolument aider…mais qu’il ne connaissait pas. Et comme vous êtes la première Nina que je rencontre lors de mes visites…
  • C’était un surfeur ?
  • Un charmant et séduisant ancien surfeur
  • Il s’appelait Josh ? Demanda timidement Nina
  • C’est fou cette histoire rétorqua le Docteur Jones. Comment savez-vous cela ? 

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