
Il y a quelque chose de magique dans une seconde cuvée.
La première, on la fait avec le cœur, un enthousiasme à toutes épreuves… et quelques approximations. La deuxième, elle porte déjà une certaine forme de sagesse. Elle raconte qu’on a appris, qu’on a observé, et surtout qu’on a envie de faire mieux — sans perdre l’essentiel : le plaisir d’une cuvée artisanale réalisée en famille.
L’été 2025 restera comme un moment suspendu pour nous quatre.
Un matin très tôt, quand la lumière est encore douce et que la chaleur écrasante n’a pas encore pris ses quartiers, nous sommes partis vendanger sur les coteaux de Patrimonio, en Haute-Corse. Avec Estelle et les garçons, nous avons récolté environ 100 kilos d’un magnifique raisin blanc bio : du Vermentinu.
Ce n’était pas juste une récolte.
C’était une expérience.
Les mains un peu collantes, les rires, le silence aussi parfois… et cette sensation très particulière de faire quelque chose de simple, mais profondément vivant. Le genre de moment qu’on n’achète pas, qu’on ne programme pas vraiment, mais qu’on n’oublie jamais.



Quelques minutes plus tard, de retour à la maison, place à l’action.
Pressurage immédiat, au pressoir manuel. Sans triche, sans sophistication. Juste le fruit, la matière, le geste.
Le jus obtenu a ensuite été transféré dans un œuf de 60 litres. Et là, on entre dans la partie la plus passionnante : celle où l’on doit à la fois intervenir… et savoir ne rien faire.
Car la grande nouveauté de cette cuvée 2025, c’est la maîtrise de la température.
Après les enseignements (disons-le élégamment) de notre cuvée 2024, j’ai décidé de m’équiper d’un groupe de froid. L’objectif était simple : garder le jus sous les 20 degrés pendant environ une semaine.
Pourquoi ? Pour éviter l’oxydation.
Parce que le vin, c’est un peu comme la vie : trop d’air au mauvais moment… et il se fatigue vite 🙂
Cette fois-ci, nous avons pris le temps.
Maintenir le jus au frais, laisser les choses se poser, préserver les arômes. Puis, doucement, remonter légèrement la température pour permettre à la fermentation de démarrer naturellement.
Sans levures ajoutées. Sans artifices.
Juste ce que la nature sait faire de mieux quand on lui fait confiance.
Et là… la magie opère.
La fermentation démarre, discrète au début, puis bien vivante. Le vin se construit, se transforme, s’affine. Il trouve son chemin.
Pendant ce temps, nous, on observe. On goûte. On doute un peu parfois (il faut bien), mais surtout on apprend.
Parce que faire son vin, c’est une école d’humilité.



La cuvée 2024, notre “Number One”, nous avait un peu échappé. Une légère oxydation, un résultat différent de ce que nous imaginions… mais rien de perdu. Nous l’avons mise en dames-jeannes, et elle nous a offert autre chose. Une autre expression. Une autre histoire.
Et c’est ça qui est beau.
Mais 2025… c’est une autre musique.
Après plus de six mois d’élevage, nous avons procédé à la mise en bouteille en mars 2026.
Et là, honnêtement… quelle joie.
Une vraie réussite.
Une cuvée que nous avons baptisée “Designer de Bonheur”. Parce qu’au fond, c’est exactement ce que nous essayons de faire : créer, à notre échelle, des moments de vie qui ont du sens.
Ce vin est 100% Vermentinu, 100% naturel. Nous avons simplement ajouté une toute petite dose de SO₂ pour protéger le jus, rien de plus.
Le résultat ?
Un vin vivant, sincère, avec une belle fraîcheur, qui raconte son terroir… mais surtout notre histoire. Très féminin nous ont dit des amis vignerons.
Car au-delà du goût — que je pourrais peut-être décrire avec des mots savants…et encore, cela a plutôt tendance à m’agacer de mettre des termes techniques là où, pour moi, on est plutôt dans le ressenti personnel — ce vin a une saveur particulière. Même s’il a vraiment un goût de pomme…comment ai-je pu faire du cidre avec du raisin ? 🙂
Celle du “fait ensemble”.
Celle du temps qu’on s’accorde.
Celle des projets qu’on ose, même imparfaitement.
Et si je devais tirer une leçon de cette seconde cuvée, ce serait celle-ci :
On ne réussit pas en faisant parfaitement dès le départ.
On réussit en osant recommencer.
En ajustant.
En apprenant.
Et surtout… en continuant à y prendre du plaisir.
Parce qu’au fond, que ce soit dans le vin, dans les projets ou dans la vie après 50 ans, la vraie richesse est là.
Créer.
Partager.
Et savourer.
Alors oui, cette cuvée 2025 est une réussite pour nous 4.
Mais surtout, elle est une promesse.
La suite sera encore meilleure 🍷



