Chroniques fantastiques autour du monde

Le 16 octobre 2026, dans les Pouilles

En 2025, lorsque j’ai repris l’écriture de ces chroniques fantastiques (qui a commencé en 2019), à un moment donné, je me suis dit que je pouvais ne pas les publier sur mon blog afin d’en garder la primeur pour un futur roman. Comme j’avance « péniblement » dans l’écriture de ce dernier, autant partager. C’est sûr que notre installation à Galatone dans le talon de la botte italienne en juin dernier nous prend un peu de temps…mais ce n’est pas une excuse pour arrêter d’écrire, cela me fait tellement de bien de m’évader dans des histoires que j’invente…


  • Nathalie ! Nathalie ! Tu m’entends ? Qu’est-ce que tu fais encore ?
  • Oui, oui, Hiro je suis à l’étage dans la chambre…je m’occupe des devoirs des garçons, il faut bien que quelqu’un le fasse… 
  • Qu’est-ce que tu racontes ma chérie, je suis là aussi, je peux t’aider, tu sais bien…
  • Tu es là…ah bon ? Avec tes expériences érotiques…heu…ésotériques, je commence à regretter le patron rageux qui a su me séduire. Tu ressembles de plus en plus à un coach de vie. Et maintenant cette Nina…
  • Tu n’exagères pas un peu quand même ?! Tu devrais te réjouir que j’arrive à lâcher prise…Et tu ne me feras oublier ton magnifique lapsus révélateur. Tu es jalouse d’une femme qui me rend visite dans mes rêves !? 

Cette nuit là, Nina avait rassuré Hiro. Il avait l’impression de se perdre dans ses explorations de « ce monde de bien être, du développement personnel et de spiritualité ». Allait-il trop loin ? Seul l’avenir le dirait. Pas le genre de bonhomme à se poser de quelconque limite.

Elle avait abordé Dieu. Pour lui, jusqu’à cette nuit, ce n’était pas un sujet. Malgré son prénom divin, la religion n’avait pris que très peu de place dans son éducation. 

« Hiro, Hiro ! Pour l’amour de Dieu ! » lui rappelait une époque bénie durant laquelle sa maman ne cachait pas encore quelques honteuses bouteilles. Celles qui soi-disant l’aidaient à tenir face à un immense vide. Créé par son père. Après quelques moments qu’elle imaginait torrides avec Herenui. Et la naissance de la petite Marie quelques mois plus tard. Maintenant, pour elle, c’était une éternité de trahison. Elle n’arrivait pas à pardonner à son homme qu’elle avait tant aimé. Avec qui elle avait tant partagé.

Outre quelques heures passées à rigoler avec des copains pendant des cours de catéchisme, tout ça lui semblait bien loin. Il se rappelait de quelques mercredis-après midi chez la voisine du bout de la rue. Maman d’un copain de classe gêné par la ferveur religieuse de sa génitrice, elle arborait fièrement son serre-tête sur sa coupe au carré couleur corbeau. Un vrai casque de playmobil. Son polo bleu marine un peu trop serré trahissait quelques rondeurs camouflées sous sa robe plissée. Des petites chaussures vernies. Cela sentait bon le cliché. Et aussi les cookies aux pépites de chocolat. Chaque semaine, elle les préparait inlassablement, tendrement. L’odeur réconfortante de ces petites bombes de plaisir instantané taquinaient les narines de ses apprentis enfants de chœur avant de finir dans leur estomac en un temps record. Pourquoi mâcher ? 

Peut-être cherchait-elle des arguments pour attirer un nombre suffisant de participants. Son but ? Ne pas avoir à annuler au dernier moment. C’était le cas assez souvent finalement. Rien ne la frustrait plus de ne pas pouvoir relayer le message de Dieu. Il avait changé sa vie selon quelques confidences qu’avait osé faire son fils. 

Arrivé à l’âge d’1 an sur Papeete avant de vivre juste en face à Moorea, Hiro rouler les r de cette magnifique langue polynésienne longtemps synonyme de honte si on la pratiquait, s’était initié à la pirogue, à la pêche avec ses potes tatoués…mais on le considérait toujours comme un Popa’ā (un blanc, un français). Idem quelques années plus tard en Nouvelle-Calédonie. Etait-ce un des raisons de sa colère de ne pas avoir vraiment de racines ? 

Alors, il s’amusait à faire semblant de découvrir la vie de Jésus et apprendre quelques prières (qu’il n’avait pas retenues, pour quoi faire?). 

On se serait crû dans une garderie déguisée pour ado plutôt qu’une véritable initiation au christianisme. Personne n’était vraiment dupe. Cela devait arranger un peu tout le monde à des tarifs défiant toute concurrence.

Dans la vie du jeune Hiro, Il y avait bien ça et là dans la maison familiale, la présence de quelques signes religieux. Une petit croix en bois. À sa base, une inscription illisible à priori en latin. Une figurine de Jesus s’accrochait péniblement à la seule force d’un bras. L’autre s’était décroché sans que cela gêne quiconque. De l’eau de Lourdes dans une statuette en plastique à l’effigie de la vierge Marie trônait sur une étagère poussiéreuse de la cuisine. Hiro était bien in fichu de savoir si ses parents croyaient en quelque chose de l’ordre de l’invisible, un ami imaginaire. Ils n’en n’avaient pas vraiment parler ensemble. Pratiquant, c’était une certitude que non. 

Jusqu’à ce qu’il découvre l’existence de sa demi-soeur Marie et ses premiers contacts avec elle depuis « l’au-delà », Hiro n’avait toujours compter que sur lui même. Sur ce qu’il trouvait rationnel, concret et mesurable : le travail, l’argent et la liberté qu’il pensait que cela lui procurait.

Toutes ces histoires de visualisation, de loi de l’attraction, d’univers qui pullulaient sur Internet à grand renfort de citations les plus soi-disant motivantes les unes que les autres lui faisait esquisser un léger sourire.    

Quel bande de feignants se disait-il. Même s’il avait vendu les parts de sa boite de transport sur le port des transitaires à Nouméa, il aimait se rappeler le « bon vieux temps ». Il suffirait qu’ils bossent un peu plus au lieu de penser à leur week-end dès le mercredi après-midi. 

Le Lundi, retour de week-end. Pas la peine de chercher à capter l’attention de ses salariés. Ils avaient encore du sable dans les oreilles! 

Le mardi, ça allait mieux. Mais doucement quand même. Il ne faut pas les brusquer ces âmes sensibles…

Le mercredi, l’ambiance au bureau dégageait déjà une odeur d’ interrogation quant au choix du programme du week-end suivant. Coup de chasse, coup de pêche, week-end sur la Gold Coast en Australie pour les plus fortunés. 

Le jeudi,  préparation en douce. Coup de fil, mails, réunions express devant la machine à café. Tout le monde chuchote lorsque le boss arrive. Vite, on change de sujet en prenant un air grave. Comme si on ne se rendait pas compte de leur cinéma! Et en fin d’année, lors des entretiens d’évaluation, toujours les premiers à se plaindre du manque d’effectifs pour étaler tout le boulot…je t’en foutrais moi.

Le vendredi, l’équipe finissait plus tôt l’après-midi…devine pour quoi faire ?! 

Pas la peine d’imaginer une quelconque discussion un brin engageante. Trop tard. Malgré des approbations baragouinées, des regards dans le vide. Déjà tournés vers l’immense lagon. Un des plus grands du monde. Et les pêches miraculeuses qu’il procurait. À renfort de photos publiées sur les réseaux. Un concours de la plus grosse…razzia de langoustes, popinées, thazards, vivaneaux et autres poissons dont la quantité prélevée était normalement réglementée. 

Puis, les requins tigres et bouledogues décidèrent de gâcher la fête avec 3 attaques par an à partir de 2007. Installation de filets anti-requins début 2023. Inimaginable pour Hiro. Petit, il avait passé tant d’heures d’insouciance et de quasi connivence avec cette faune multicolore qui peuplait cette eau translucide en Polynésie. 

Alors patron en Calédonie, il avait été marqué par une attaque mortelle. Celle d’une personne qu’il allait sûrement recrutée. L’entretien avait eu lieu quelques semaines avant…Les détails sanglants des circonstances de la mort qui circulaient dans le monde médical l’avait profondément affecté. Déclencheur d’une peur viscérale du héros « Des dents de la mer » qu’il n’avait jamais ressentie jusqu’alors. Une crainte tout au plus. Balayée rapidement par les statistiques toutes plus bêtes les unes que les autres. Les attaques d’abeilles, d’éléphants, les accidents d’avion etc… 

Depuis qu’il explorait ce monde subtil, lui, le pragmatique, aimait à se raccrocher à des notions scientifiques. D’où sa participation à la conférence de Jean Pierre Garnier Mallet et sa théorie du dédoublement du temps. Dans son intervention, ce scientifique surdoué n’arrêtait pas de dire : nous sommes la science, nous sommes la science. Mais que voulait-il bien dire par là ?

Lorsqu’il pratiquait la méditation, à force d’explorer et de chercher celle qui lui correspondait le mieux, il avait trouvé celle dite de pleine conscience, laïque. Portée par le docteur Kabat-Zinn et sa clinique de réduction du stress à l’université du Massachusetts à Worcester dans le Massachusetts, créée dans les années 70. Cette pratique avait fait son entrée à la fac de médecine de Strasbourg au programme d’une formation diplomante. Puis à Metz, Toulouse, Paris etc…

Dans ses recherches autour de cette pratique dîte de Mindfulness (Pleine Conscience), il était tombé sur une vidéo intitulée « le Scan corporel ». La voix off était celle de Bernard Giraudeau, un acteur des années 80. Il trouvait dommage de ne plus le voir sur les écrans. Il était de la même génération que Lanvin. Ils avaient tourné dans le film « Marche à l’ombre » ensemble ou plutôt « Les Spécialistes »…. « Marche à l’ombre », c’était avec Michel Blanc. 

Tout ça pour dire qu’il avait du mal à se concentrer. Cette méditation allongée où il prenait le temps (au moins 1/2 heure) d’explorer par la pensée toutes les parties de son corps sans le moindre jugement (en théorie) lui procurait une sensation difficile à exprimer. Entre une présence à son corps (assez rare d’habitude) et un certain apaisement. Le plus difficile : ne pas s’endormir. Quoique lorsque cela arrivait, il prenait cela plutôt pour succès qu’un échec. Le plus souvent, lorsqu’il se couchait, ses pensées par milliers retardaient l’arrivée du marchand de sable…

Hiro pratiquait la méditation de pleine conscience assis sur une chaise. Le dos bien droit, les yeux fermés. Le bouquin de Kabat-Zinn par terre, prêt à bondir pour délivrer son puit de connaissances. Surtout, les protocoles à suivre scrupuleusement pour plus d’efficacité. Hiro appréciait aussi d’être guidé (pour une fois…) par la voix de Christophe André. Sur le web ou sur les quelques audios d’initiation gratuits de l’application « Petit Bambou » qu’il se repassait en boucle…Radin le Hiro ? Il rétorquait « Renta ». Pourquoi payer alors que c’est accessible gratuitement. Imparable dans son esprit. 

Une torture. Les premières méditations de 45 minutes furent douloureuses pour cet hyper actif. Physiquement et psychologiquement. Tous les clients, leurs conditions tarifaires, leur volume de fret à l’année, leur particularité, les salariés, leurs problèmes, les prix, les factures, les devises etc…tout défilait dans sa tête. Lui devait rester là immobile. Vissé sur son siège. Il avait tellement d’autres choses à faire. 

Puis, doucement, sans vraiment de raison, en tous cas identifiable, ce brouhaha intérieur s’apaisa. L’intensité du flux de ses pensées en boucle ralentit. Jusqu’à ce qu’il n’en tienne plus compte. Il perçut un début de liberté inimaginable entre la fin d’une pensée et le début d’une autre. Comme un court instant suspendu dans le vide.

Lui qui pouvait péter un câble pour rien comme il le disait souvent. Là, il arrivait à rester assis sans rien faire pendant plus de 3/4 d’heure. Par contre, il ne pouvait pratiquer que seul ou avec Nathalie. Après plusieurs tests en groupe, il en ressentait trop l’énergie. Ça le gênait. Malgré tout, Il réalisait aussi que cette faculté qu’il ignorait était un signe d’ouverture. À quoi ? Il ne le savait pas vraiment. Pour sûr, il était plus sensible désormais à son environnement. Parce que jusqu’il y a peu de temps, Il en avait strictement rien à foutre des gens autour de lui. Quoiqu’ils puissent penser ou faire ne l’intéressait guère. Mais cela c’était avant. Avant de savoir pour sa petite soeur Marie. Et cette étrange Nina qui le visitait de plus en plus fréquemment la nuit. Elle portait des sortes d’électrodes sur la tête qu’elle cherchait à s’arracher.

Était-ce elle qu’il devait aider à sauver le monde comme il l’avait compris lors de sa séance de découverte des archives akashiques ? Quel était son rôle précisément ? Il allait bientôt le découvrir.

Un des exercices qu’il s’amusait à pratiquer pendant ses méditations était d’imaginer qu’il s’envolait littéralement d’abord au-dessus de la maison dans laquelle il vivait. Il pouvait clairement décrire le toit, la pente, les tuiles, les gouttières. Ceux des voisins, les jardins, les rues…Et d’un coup, après une accélération toute aussi soudaine que fulgurante, il se retrouvait dans l’espace. Comme dans du coton. Il admirait la planète bleue. Quelle beauté. 

Pourquoi Hiro expérimentait-il de plus en plus fréquemment ces « vols » durant lesquels il se sentait si léger. Libre tel Astro Le petit Robot, cette série qu’il aimait tant petit. Une drôle de sensation revenait de manière incessante, cette capacité à voler lui permettait de sauver le monde. Quel était le rapport avec la choucroute ?! Hiro perdait-il les pédales? Ou vivait-il simplement tout ces moments pour que Nina dans un futur proche puisse avoir une intuition qui l’aiderait à se libérer de ses chaines ?

C’était exactement ça. 

Ce sanguin pragmatique et rationnel eu la preuve qu’il lui fallait pour définitivement changer de prisme de lecture de la vie, de sa vie. Lors d’une méditation, suite à une des ses balades dans les airs, lorsqu’il se préparait à ouvrir les yeux, la vierge Marie se pencha vers lui comme une maman sur un berceau. Il sut instantanément qu’il ne rêvait pas. Ce n’était pas non plus le fruit de son imagination. Une sensation d’amour, de bienveillance d’une telle évidence et d’une telle intensité l’envahit totalement. Il comprit instantanément qu’il n’était pas seul. Qu’il pouvait s’appuyer sur quelqu’un d’autre que lui ou que sa douce Nathalie. Cet espace autour de lui qu’il imaginait vide était bien plus riche et complexe qu’il imaginait. 

Hiro avait une mission de la plus haute importance à mener à bien.  

Il est le double de Nina dans le présent et dans un temps imperceptible pour Nina. La vie d’Hiro est dédié à expérimenter d’un point de vue spirituel, sans qu’il le sache, ce qui pourrait aider Nina dans un futur proche. 

Josh quant à lui est le double de Nina dans le passé et sa vie est dédié à expérimenter sans qu’il le sache non plus ce qui pourrait aider Nina dans le futur d’un point de vue technologique.

L’un ne va pas sans l’autre.

En 2033, Nina se pose constamment des questions sur les moyens de sortir l’humanité de l’emprise des GAFAM qui contrôlent les pensées de milliards de personnes. Cette connection permanente avec les casques, oreillettes et maintenant implants n’est finalement qu’un outil d’influence et de contrôle. Alors qu’à l’origine, c’était soi-disant pour le bien des habitants de la terre suite au chaos de la création tout azimut.

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